Les homophones

16 mai 2011

Certains mots se prononcent de la même façon tout en ayant une orthographe différente. Pour éviter les fautes, il faut savoir reconnaître les homophones.

Quel mot choisir?

Il joue le rôle du satyre ou satire.

En soi ou soit, je n’ai rien contre.

On l’a mis en tôle ou taule.

Il faudra patienter des semaines, voir ou voire des mois.

C’est soi-disant ou soit-disant trop cher pour lui.

J’ai mis ma voiture au rancart ou rancard.

Il va de soi ou soit d’applaudir à la fin d’un spectacle.

Ils ont subi ou subit toute une défaite.

Il faut se présenter soi-même ou soit-même.

C’est une bonne satyre ou satire de ces événements.

C’est un changement de situation subit ou subi.

Corrigé : satyre, soi, taule, voire, soi-disant, rancart, soi, subi, soi-même, satire, subit.

Chronique « Sur le bout de la langue », en collaboration avec Marie-Claude Bourdon, Journal UQAM, volume 37, numéro 17, édition du 16 mai 2011, p. 13.

Avoir l’air

2 mai 2011

La locution avoir l’air peut avoir deux sens légèrement différents.

Si elle signifie sembler, paraître, l’accord se fait avec le sujet :

Elle a toujours l’air heureuse quand elle danse.

Ces souliers ont l’air trop petits pour moi.

Si avoir l’air signifie plutôt dont le visage a l’apparence de, avoir la mine de, avoir l’aspect de, l’adjectif s’accorde avec le nom air. Quand on parle de personnes, il arrive souvent que l’accord puisse se faire avec le sujet ou avec le nom air, selon le sens que l’on donne à l’expression :

L’actrice a l’air sérieux(se) quand elle prononce cette réplique.

Elle avait l’air fâché(e) quand elle lui a dit de partir.

Les étudiants ont l’air endormi(s) aujourd’hui.

Par contre, comme une chose ne peut avoir de visage ou de mine, si le sujet est un nom de chose, l’accord se fait obligatoirement avec le sujet :

Les pommes ont l’air mûres.

Ces souliers ont l’air trop petits pour moi.

Chronique « Sur le bout de la langue », en collaboration avec Marie-Claude Bourdon, Journal UQAM, volume 37, numéro 16, édition du 2 mai 2011, p. 19.

La deuxième dictée ESG

18 avril 2011

Le 9 avril dernier avait lieu la deuxième édition de la Dictée ESG, rédigée et lue cette année par le journaliste économique de Radio-Canada Gérald Fillion (B.A. communication, 1998). Ce concours, tenu par l’Association des étudiantes et étudiants de l’École des sciences de la gestion de l’UQAM, s’inscrit dans la stratégie glo bale de valorisation du français à l’École. Il était ouvert cette année à tous les étudiants en gestion des universités québécoises et quelque 100 personnes y ont participé. Joanie Bergeron, étudiante en gestion du tourisme et de l’hôtellerie à l’ESG, a remporté la première place. Elle a fait une seule erreur.

Voici un extrait de la dictée. Détectez les 10 erreurs qui s’y sont glissées :

Vous allez grandir au contact de gens qui vous défiront et, sans pour autant que vous vous dépréciez, vous ne pourrez vous développez intelligemment que par un exercice constant de saine suspission de vos propres certitudes. (…) Il ne suffit pas de croire en soi, d’avoir fois en une méthode de gestion éprouvée et d’être convaincus de sa capacité à mener une entreprise ou un projet au fête de sa gloire. Il faut aussi savoir ce faire modeste, reconaissant et donner le mérite d’une victoire à un collègue, à un subalterne, même à celui qui peut nous semblé être un adversaire.

Corrigé : défieront, dépréciiez, développer, suspicion, foi, convaincu, faîte, se (se faire), reconnaissant, sembler.

Chronique « Sur le bout de la langue », en collaboration avec Marie-Claude Bourdon, Journal UQAM, volume 37, numéro 15, édition du 18 avril 2011, p. 9.

Quelques anglicismes

4 avril 2011

Certaines expressions qui peuvent nous sembler bien françaises et certains mots qui peuvent même nous paraître recherchés en français sont en fait utilisés sous l’influence de l’anglais. On a avantage à pouvoir repérer ces anglicismes et à savoir les remplacer par des termes plus adéquats.

Ainsi, dans la phrase :

Les procédures ont échoué à cause d’une simple technicalité.

… on remplacera le terme technicalité, qui n’existe pas en français, par l’expression détail technique.

Dans la phrase :

Mon frère s’est payé des billets de saison au théâtre.

… on remplacera l’expression billets de saison par le mot abonnement.

Dans la phrase :

J’ai fixé la date de mon départ tentativement au premier du mois.

… on remplacera le mot tentativement, inconnu du dictionnaire français, par le mot provisoirement.

Dans la phrase :

Son arrivée est cédulée pour le début de la soirée.

… on remplacera le terme cédulée (calqué sur l’anglais scheduled) par le mot prévue.

Dans la phrase :

Cet employé est parfait pour toutes ces tâches : il est très versatile.

… on remplacera le terme versatile, qui n’a pas le même sens en français qu’en anglais, par le mot polyvalent. En français, versatile signifie plutôt «qui change souvent d’idées, qui est inconstant».

Chronique « Sur le bout de la langue », en collaboration avec Marie-Claude Bourdon, Journal UQAM, volume 37, numéro 14, édition du 4 avril 2011, p. 9.

Masculin ou féminin ?

21 mars 2011

On se trompe souvent dans le genre des noms désignant des objets ou des concepts, surtout quand le nom commence par une voyelle ou qu’il est précédé de l’article élidé l’.

Quel est le genre des mots suivants ?

• Aérogare

• Horaire

• Espèce

• Idole

• Éclair

• Écrevisse

• Agrafe

• Ammoniaque

• Astérisque

• Cuticule

• Autobus

• Intervalle

• Argile

• Épitaphe

• Augure

• Coriandre

• Rail

• Exemple

• Sandwich

• Exergue

Corrigé : une aérogare; un horaire; une espèce; une idole; un éclair; une écrevisse; une agrafe; de l’ammoniaque (féminin); un astérisque; une cuticule; un autobus; un intervalle; de l’argile (féminin); une épitaphe; un augure; de la coriandre; un rail; un exemple; un sandwich; un exergue.

Chronique « Sur le bout de la langue », en collaboration avec Marie-Claude Bourdon, Journal UQAM, volume 37, numéro 13, édition du 21 mars 2011, p. 8.

Quel est le mot correct ?

7 mars 2011

Les barbarismes lexicaux sont des erreurs de vocabulaire qui concernent la forme du mot. Les erreurs sont dues à des inversions ou ajouts de lettres ou à un rapprochement fautif avec un autre mot. Il faut savoir les reconnaître pour choisir le bon mot :

Je me trouve devant un affreux dilemme ou dilemne.

Son cours est ponctué d’interminables disgressions ou digressions.

Ce bûcheron est un homme très fruste ou frustre.

Cette boutique n’offre que des produits haute gamme ou haut de gamme.

Son père a subi deux infarctus ou infractus.

Cet étudiant a connu beaucoup d’ennuis pécuniers ou pécuniaires.

Les articles mentionnés ci-haut ou plus haut sont indispensables.

Nous avons été convenablement rémunérés ou rénumérés pour ce travail.

Il m’a demandé de changer sa tête d’oreiller ou sa taie d’oreiller.

Elle était complètement obnibulée ou obnubilée par cette nouvelle.

Corrigé : dilemme, digressions, fruste, haut de gamme, infarctus, pécunaires, plus haut, rémunérés, taie d’oreiller, obnubilée.

Chronique « Sur le bout de la langue », en collaboration avec Marie-Claude Bourdon, Journal UQAM, volume 37, numéro 12, édition du 7 mars 2011, p. 6.

La dictée Éric-Fournier

21 février 2011

Chaque printemps, La Grande Dictée Éric-Fournier, un projet de l’Association des étudiantes et des étudiants de la Faculté des sciences de l’éducation de l’UQAM, rassemble plus de 200 personnes du milieu de l’éducation. Cette année, la dictée sera lue par le chanteur Biz, du groupe Loco Locass. L’événement aura lieu le 5 mars, et la période d’inscription se termine le 27 février. Plus de 30 000 $ en bourses et en prix de participation seront attribués aux participants et aux bénévoles.

Voici un extrait de la dictée 2010, composée par Jean Dion, journaliste au Devoir. Trouvez les 10 erreurs qui se sont glissées dans le texte :

Au fil des décennies, l’olympisme a cru. Les jeux se sont étendu et ont embrassé des sphères qu’on n’aurait pas soupçonné naguère. Si certaines disciplines telles le cricket, le crocquet, la souque-à-la-corde, le rugby et le motonautisme ont disparu, d’autres sont apparu : l’été, taekwando, gymnastique rythmique, canoë-kayak, vélo tout-terrain, yatching; en saison hiémale, surf des neiges, saut à ski, skeleton et bobsleigh. N’y manque presque que le jiujitsu, le télémarck, l’apnée ou le racketball…

Corrigé : crû, étendus, soupçonnées, tels, croquet, apparues, taekwondo, yachting, manquent, télémark.

Chronique « Sur le bout de la langue », en collaboration avec Marie-Claude Bourdon, Journal UQAM, volume 37, numéro 11, édition du 21 février 2011, p. 6.

Savez-vous conjuguer ?

7 février 2011

Que ce tableau (valoir, subjonctif présent) une fortune ou rien du tout, il me plaît.

Il ne faut pas qu’il (courir, subjonctif présent), car il risque de se blesser.

Je te l’ordonne : (rendre, impératif présent) cet objet volé immédiatement.

Cela faisait longtemps que nous ne (croire, indicatif imparfait) plus à ces balivernes.

Je (coudre, indicatif futur simple) toute la nuit s’il le faut, mais cette robe sera terminée.

Elle (devoir, indicatif passé composé) marcher jusqu’à l’arrêt de bus.

Ma petite, (savoir, impératif présent) que je t’ai à l’oeil.

Vous (rire, indicatif imparfait) de lui sans vous en cacher?

Si tu (vaincre, indicatif présent) ton adversaire, ton équipe gagnera le trophée.

Il faut que nous (jeter, subjonctif présent) tout cela aux ordures.

Corrigé : vaille, coure, rends, croyions, coudrai, a dû, sache, riiez, vaincs, jetions.

Chronique « Sur le bout de la langue », Journal UQAM, volume 37, numéro 10, édition du 7 février 2011, p. 4.

Oignon, poigne, poignée

24 janvier 2011

Pourquoi au Québec prononce-t-on parfois pognée plutôt que poignée? Simplement parce qu’il s’agit d’une ancienne prononciation que le français québécois a conservée dans son usage familier. Comme oignon, poigne ou poignet, le mot poignée s’écrit en utilisant la suite de lettres «ign», qui, jusqu’au 16e siècle et encore au 17e siècle, était la façon de noter le son que l’on transcrit aujourd’hui par «gn» (accompagner, agneau, besogne, etc.).

La langue française, issue du latin, a hérité de son alphabet. Pendant longtemps, les scripteurs du français ont utilisé cet alphabet sans vouloir trop le modifier, alors qu’il n’était pas totalement adapté à la langue française. En ces temps très anciens, le latin étant le modèle tout-puissant, modifier son alphabet revenait à attenter à quelque chose de sacré.

Pourtant, l’alphabet latin ne permettait pas de transcrire plusieurs sons apparus en français. Le procédé qui a longtemps été utilisé avant d’introduire de nouvelles lettres ou des signes diacritiques (accents et cédilles) consistait à utiliser des combinaisons de lettres pour indiquer ces sons. Par exemple ch (chanter), on (bon)… et ign (oignon). On écrivait donc oignon, cigoigne, montaigne, poignet, empoigner pour prononcer ognon, cigogne, montagnepognet, empogner. Le trigramme «ign» a ensuite été réduit à «gn» au 17e siècle, sauf dans certains mots où il resté, par tradition : oignon, poignet, empoigner. Dans le cas de oignon, la prononciation n’a jamais changé : personne ne prononce agnon. À l’inverse, des mots comme poignée ou empoigner ont changé de prononciation parce que les locuteurs ont, par erreur à la lecture, combiné le «i» avec le «o», ce qui, en français, se prononce /wa/. La prononciation est alors passée de pognée, empogner à pwagnée, empwagner.

Chronique « Sur le bout de la langue », Journal UQAM, volume 37, numéro 9, édition du 24 janvier 2011, p. 5.

Dès potron-minet

10 janvier 2011

Cette expression littéraire signifie dès l’aube, de grand matin. Elle est formée sur le mot minet, qui signifie familièrement petit chat, et sur le mot potron, qui n’existe plus que dans cette expression et qui signifie postérieur. Anciennement, la préposition reliant un nom à son complément n’était pas obligatoire. Les deux mots étaient alors mis côte à côte. Dès potron-minet se transpose donc, très littéralement, en dès le postérieur (d’)un petit chat.

L’expression imagée et amusante signifie que, si l’on voit le postérieur de cet animal, c’est qu’il est assez tôt matin. Le chat est en effet actif en particulier au crépuscule et à l’aube. Un autre animal actif aux mêmes moments est l’écureuil. Or, son postérieur, avec cette queue en panache presque aussi grande que le corps, est bien plus emblématique que celui du chat. Jusqu’au XVIIIe siècle, c’était d’ailleurs à l’écureuil (appelé jacquet en dialecte normand) que l’expression était dédiée. On disait en effet depuis le XIIIe siècle dès potron-jacquet.

La France rurale connaissait bien cet animal, mais la France urbaine, en plein développement au XIXe siècle, peu habituée à l’écureuil (qui ne fréquente pas les villes, contrairement aux écureuils d’Amérique du Nord), substitue dès potron-minet à l’expression originelle dès potron jacquet. Au XIXe siècle et au début du XXe siècle, les dictionnaires consignent les expressions dès patron-minet, dès patron-jacquet. Le sens de postérieur étant soit condamné, soit incompris, potron a été remplacé par patron, qui se rapproche du verbe paître, conférant ainsi à l’expression un peu plus de bienséance… mais pas forcément de logique. Ces formes ne sont plus employées actuellement, et les dictionnaires consignent à nouveau l’expression dès potron-minet.

Chronique « Sur le bout de la langue », Journal UQAM, volume 37, numéro 8, édition du 10 janvier 2011, p. 5.